Shäan, la renaissance

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Shäan, la renaissance

Message par Amadäus le Mar 25 Nov - 21:03

Spoiler:
Ayant recommencé un nouveau travail, je n'ai pas eu le temps de terminer. Mais je vais m'y atteler d'ici à la prochaine séance. Voici en tout cas, le début. Wink

Petit résumé à puces :
L’épisode précédent et la constitution du shaani
La demande de la guilde
Le voyage et arrivée à l’auberge
La discussion avec Main d’argile
La soirée dans les communs et la nuit d’incendie
La discussion avec Daven BlackRock
Rencontre avec Toxar
Visite de la mine abandonnée et rencontre avec l’élémentaire de feu
Soirée et visite de la boréale aux gardes
Inquiétude du reste des shaandars, visite aux gardes, les convaincre et découverte du début du mystère, direction les cachots.

Qu’est-ce qui pouvait bien décider un nomoï, une boréale et une humaine à former un shaani et à partir ensemble à l’aventure ? Chaque membre du groupe aurait répondu qu’il n’y en avait pas vraiment. Chacun avait ses propres rêves et il se trouvait que les poursuivre ensemble serait plus facile. Peut-être une certaine connivence s’était développée lors de leur première rencontre. Ils s’étaient réunis pour avoir le laisser-passer leur permettant de voyager. Les maîtres des guildes les avait envoyé affronter six épreuves ensemble sans considérer qu’ils étaient chacun venus séparément.

Les talents d’Holona, la femme boréale, s’étaient manifestés dès la première épreuve. Cette musicienne chanteuse à la renommée grandissante avait émue la directrice du théâtre de la ville. L’humaine Tessa, digne représentante de son espèce, avait fait des merveilles en dérobant sournoisement un engin technologique pour le compte des ombres. Le nomoï Éclipse n’avait pas particulièrement fait d’étincelles mais avait prouvé sa capacité à survivre en détalant promptement face à la menace de ces canidés à crocs démesurés. Il n’avait pas ravi les spectateurs de cette course particulièrement prisée des voyageurs mais l’humaine avait assuré le divertissement en se faisant croquer le fessier.

À peine avaient-ils obtenus le précieux sésame que la guilde les avaient envoyé résoudre un étrange problème. Un Woon était venu depuis son village pour signaler qu’une étrange boîte à images perturbait le fonctionnement de leur communauté et appelait à l’aide. Le groupe était donc parti. Mais la forêt des songes se trouvait sur leur chemin. Les cauchemars les avaient happés plusieurs fois au milieu de leur marche. De nombreuses créatures éthérées avaient menacé de les dévorer. Si les premiers cauchemars avaient particulièrement affecté les femmes, le nomoï avait réussi l’invocation d’un étrange arc-en-ciel à la dentition imposante qui avait dévoré les créatures. L’apothéose était pourtant venue par l’humaine. Elle avait entreprit un rodéo en chevauchant le dos d’un dragon. En guise d’aide un peu vache, le nomoï avait fait apparaitre une selle et un harnais auxquels Tessa pouvait se raccrocher. Le cauchemar fut dompté et le rêve s’évanouit. Las, les aventuriers avaient perdu du temps et trouvèrent le village en pleine bataille. Holona vit que ses congénères boréals avaient pris d’assaut l’endroit, attirés par cette boîte à images. Les woons auraient été submergés mais l’arrivée du groupe prit les hommes bleus par surprise et, après un rapide combat qui élimina quelques-uns des ennemis, la paix revint avec la fuite des assaillants.

Du repos et des palabres plus tard, Tessa avait compris que l’appareil était une boite noire récupéré d’un vaisseau échoué. Les logos apposés à l’objet montraient que celui-ci appartenait à une grande famille. Ils purent négocier et parvinrent à se faire remettre l’objet. Le groupe prit la direction du retour mais rencontrèrent une bande de mercenaires aux alentours d’un amas métallique qui avait été une navette. Sous la pression, la boîte noire changea à nouveau de mains. Si l’humaine était déçue car ce dernier échange représentait une perte monétaire sèche pour elle, le groupe avait néanmoins réussi la mission imposé par le conseil. La paix était revenue dans le village Woon.

Cette efficacité pour leur premier travail avait-elle impressionné les maîtres de guilde ? Peu de temps après, il leur fut demander d’enquêter sur une sombre affaire. Par trois fois, une propriétaire terrienne les avait sollicités pour avoir des ouvriers agricoles. C’était une fois de trop. Héossie était un endroit dangereux, certes, mais pas à une telle fréquence. Avant de descendre le fleuve pour rejoindre le village d’Axiol, le Nomoï Éclipse, la boréale Holona et l’humaine Tessa créèrent leur shaani. OdearodGà, le Chant du sombre minéral, tel était le nom qu’ils lui avaient attribué.

Le trajet fut sans histoires. Ils accompagnèrent un convoi qu’ils quittèrent arrivés au village d’Axiol. L’étoile du voyageur était l’auberge locale. Le boréal qui dirigeait l’endroit leur fit bon accueil tout en leur apportant des assiettes de courgine, le légume qui faisait la renommée de l’endroit. Après un aller-retour en cuisine pour trouver une conserve de gaz qui pourrait nourrir le nomoï, il entama la conversation. Rapidement, ils apprirent la rivalité violente entre Toxar, darken cultivateur de radine et Main d’Argile, féling cultivant la courgine ; deux légumes proches. C’était cette rivalité qui avait envoyé les précédents ouvriers agricoles au dispensaire. Cette concurrence avait été mise en exergue par un taux différent de taxes sur les denrées. Le seigneur Daven Blackrock taxait les radines à hauteur de 10% contre quasiment rien pour les courgines. D’aucun chuchotait que l’impuissance supposé de l’époux de Main d’Argile l’avait mené se consoler dans le lit du seigneur, qui ne pouvait être ainsi parfaitement équitable.

Main d’Argile, appelée par le tenancier, arriva rapidement. L’humaine la regarda se cogner contre une chaise. La boréale la vit trébucher contre une latte du plancher. Le nomoï s’écarta promptement pour éviter l’eau s’échappant du pichet qu’elle avait renversé en arrivant. Sans se regarder, les trois songèrent qu’elle devait avoir une chance incroyable pour avoir survécu à tant de maladresse. Cela compensait peut-être la beauté et la richesse de la feling. Ses vêtements, beaux et travaillés, seyaient parfaitement son corps souple. La conversation reprit de plus belle. La boréale et l’humaine lui posèrent de nombreuses questions qui éveillèrent finalement sa méfiance. En quoi des ouvriers agricoles étaient-ils intéressés par l’histoire de ses relations entre elle et le darken ? Mais le trajet qui les emmena sur ses terres chassèrent ses pensées et le groupe ne révéla pas sa véritable mission. Les bâtiments étaient bien entretenus, cossus. Le matériel était de dernière génération avec même des morphes, sorte d’êtres plus machine que vivant, dont l’un était bizarrement équipé d’un lance-flammes. Main d’Argile les mena jusqu’au dortoir des ouvriers. C’était un bâtiment grand, plus confortable que l’auberge de l’étoile du voyageur et vide de personne.

- Les autres ouvriers sont partis. Comme convenu à l’auberge, je vous emmènerai voir Daven demain matin. Je vous souhaite une bonne nuit.

L’humaine toujours aussi peu habituée aux journées de trente heures d’Héossie s’affala sur sa couche pour dormir solidement. Le nomoï se ponça un peu en guise de douche avant de se plonger dans sa méditation quotidienne. La boréale, quant à elle, prit un bain et s’y sentit tellement bien qu’elle s’y endormit, confirmant si besoin était l’amour de ces humanoïdes à peau bleue pour l’eau. Le repos fut plus court que prévu. Ils furent réveillés en sursaut par Main d’Argile. Un incendie s’était déclaré dans les champs. Déjà une belle surface avait brûlée et les villageois accourraient pour prêter main forte. Le nomoï, comme tous ceux de sa race, obsédé par la magie, proposa d’utiliser son sort de télékinésie sur l’eau des puits mais on lui fourra un seau dans les mains et il accompagna ses compagnons pour faire une chaîne de seau des plus traditionnelles. Le groupe aida et dirigea correctement les opérations de sauvetage. Peu avant l’aube, les dernières flammèches s’éteignirent. L’incendie avait pulvérisé un cinquième des cultures de courgine. La boréale qui n’était pas gênée par l’obscurité partit à la recherche d’indices tandis que Main d’Argile pestait contre Toxar qui avait sans nul doute mis le feu au champ.

Holona fit une sombre découverte. Les gens accoururent, équipé de torches, et tout le monde put voir trois cadavres calcinés. Pour ceux qui avaient l’œil, ils étaient même plus que des cadavres : c’étaient des nécrosés. Plus loin, d’étranges traces rondes ressemblant à une trace de pas. Il n’y avait qu’un problème : ces traces étaient complètement brûlées.  Pour autant, Tessa, férue de technologie alla vérifier la mémoire d’Homme 38, le morph au lance-flamme. Il n’en ressortit rien, il n’était pas le coupable du départ du feu. Il n’y avait plus rien à apprendre pour le moment. Ils retournèrent se coucher. Holona apprécia doublement son bain et se rendormit dedans. Le nomoï se ponça à nouveau pour faire partir les traces de fumée avant de retourner méditer. L’humaine quant à elle avait le sommeil troublée et ne se réveilla pas complètement remise des évènements. Il fallait pourtant aller voir le seigneur.

- Encore de la courgine au repas, soupira Holona.

- S’ils n’avaient pas été agressés, les ouvriers se seraient suicidés d’eux-mêmes, constata Tessa.

De son côté, le nomoï se sentait bien en veine de ne pas se nourrir de nourriture solide mais de gaz. Les fumées de l’incendie lui avaient pourtant laissé un sale goût dans la bouche.


To be continued…


Dernière édition par Amadäus le Dim 21 Déc - 14:38, édité 1 fois
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Re: Shäan, la renaissance

Message par soulclone le Sam 29 Nov - 0:50

Super merci pour ce résumé !
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Re: Shäan, la renaissance

Message par Amadäus le Dim 21 Déc - 14:34

Spoiler:
J'avais pas mal oublié la partie, si jamais je me suis trompée sur des réactions ou des passages, dites-le moi. Du coup, j'ai un peu plus romancé au niveau des paroles. Je ne savais plus exactement où nous nous étions arrêté à la fin. J'ai préféré garder le suspense. Wink

Après le petit déjeuner, la feling revint les chercher et les emmena voir Daven Blackrock, le seigneur de l’endroit. Sa demeure était située au milieu du large fleuve, sur une île. Un unique pont passant par le palais reliait les deux rives. De l’autre côté, se trouvait une forêt sombre dont Main d’Argile disait emplies de nécrosiens. Elle semblait vraiment habituée des lieux : la garde la laissa passer sans même lui demander son identité et un simple mot de sa part servit de passe-droit aux gardes réticents à l’entrée du Shaani dans le palais. Ils gravirent rapidement les marches pour aller dans la chambre du seigneur qui se présenta dans son lit, allongé sous ses draps. Il semblait d’une grande force naturelle mais un air maladif flagrant ne laissait pas de doute sur son état. Il en émanait une certaine noirceur qui perturbait le nomoï et salua le seigneur d’un simple «euh, salut». Bien que les hommages de l’humaine et de la boréale furent plus respectueux, Blackrock renifla de mépris et de dégoût avant de s’adresser à Main d’Argile sur un ton de reproche :

- Pourquoi me fais-tu voir tes ouvriers ?
- Ils ont des questions intéressantes à te poser. Mon champ a brûlé cette nuit, tu sais.
- Oui, j’ai appris, c’est fort dommage. Que voulez-vous savoir ?

Tessa engagea les questions. Le seigneur parla des menaces qu’il avait reçues du père de Toxar. L’aïeul qui était un élémentaliste de la terre était parti du village suite à ces ultimatums et personne ne l’avait plus revu. Mais dans ces histoires d’attaques sur les ouvriers et de dommages des cultures, la suspicion du shaani du Chant du sombre minéral ne pesait pas tant sur le concurrent que sur les nécrosiens dont le repère se trouvait non loin. Tessa essaya de déterminer si des nécrosiens étaient parvenus à passer le pont la nuit dernière. Après avoir résisté un temps, Holona utilisa sa beauté naturelle pour lever les réticences du seigneur, appuyé par Main d’Argile qui révéla à cette occasion son don pour la persuasion. Dans un soupir las, Daven céda et leva les draps qui le recouvraient. Ses jambes n’étaient plus de chair et de sang mais de minéral. Cette révélation extirpa une moue de dégoût aux trois membres du shaani.

- J’ai fait venir tous les médecins, guérisseurs et rebouteux des environs et de plus loin encore. Sans espoir. Personne ne sait comment peut être guérie cette maladie. Alors…
- Alors vous avez passé un pacte avec les nécrosiens, devina Holona.
- Pour qu’ils me guérissent, oui, avoua le seigneur. Quant aux gardes qui étaient de faction cette nuit, je suis certain qu’ils n’ont laissé passer aucun nécrosien dans le village. Je me dois de protéger mes gens tout de même !

L’entrevue se termina peu après ces mots. La révélation était de taille et l’affaire grave. Ils sortirent du château et, laissant Main d’Argile retourner chez elle, Holona insista pour qu’ils aillent interroger le garde du pont. Ils apprirent qu’il n’était de service que le jour. Il faudrait attendre le soir pour discuter avec le garde de nuit. Le groupe s’éloigna alors en se demandant ce qu’il devait faire.

- Je voudrai bien aller voir cette mine abandonnée, pour ma part, je la trouve suspecte, proclama Tessa.
- Et moi discuter avec le darken qui cultive la radine, ajouta Holona.
- On n’a qu’à faire l’un puis l’autre, proposa Éclipse.

N’ayant rien de mieux à faire, ils se dirigèrent d’abord chez Toxar. Ils passèrent dans les champs de ce légume que le nomoï, curieux de botanique, étudia n’y trouvant aucune différence avec la courgine. La conversation fut courte. Il faut dire que le ton accusateur des demoiselles ne l’incita pas à autre chose qu’à se fâcher tout rouge comme tout bon Darken et à leur claquer la porte au nez sans rien apprendre. Ils se dirigèrent donc vers la mine.  
Cette ancienne mine se trouvait sur le chemin entre les deux agriculteurs rivaux. Il virent les étranges traces rondes brûlées, déjà aperçu près du champ le matin, aux abords de la mine. Éclipse fit appel par habitude à son empathie minérale pour déterminer la présence de gaz dans cette mine. Il ne détermina rien de bien comestible mais la roche lui révéla la présence d’une grande force en ces lieux. Ils approchèrent prudemment jusqu’à l’entrée et y entrèrent. Après quelques pas, un monstre de feu se trouvait devant eux brillant de milles flammes. Ils firent un pas de plus et la bête s’embrasa davantage. Grâce au shaan, le nomoï ressenti les émotions de la créature :

- Il a peur.
- Détendons-le alors, pour lui dire qu’on ne lui veut pas de mal, commença Holona en dégainant sa guitare pour entonner quelques chants.

La chaleur des flammes baissa bientôt et le monstre commença même à chantonner et se dandiner en rythme.

- Ce devait sûrement être lui qui a mis le feu au champ mais pourquoi ? se demanda Tessa.
- Peut-être avait-il faim ? supposa la boréale.
- Non, je ne suis pas sure que cela mange quoi que ce soit ou alors des braises et du feu, répliqua l’humaine.
- Qu’est-ce qu’il pouvait faire auprès des courgines ? murmura, pensif, le nomoï. Je sais ! Il devait sniffer ça ! N’est-ce pas ? s’adressa-t-il au monstre.

Il ressentit les émotions de la créature qui lui confirmèrent son intuition : les vapeurs de courgines avait un bel effet hallucinatoire et déshinnibiteur sur la bête.

- Bon, bah maintenant que ce mystère est résolu, j’aimerai interroger mon garde, là. On s’en va ? demanda Holona, désinteressée.
- Il fait encore trop tôt, retournons à la ferme, conclut Tessa.
- Allez-y, moi je reste, dit Éclipse.
- Hein mais qu’est-ce que tu vas faire ?
- Rester un peu avec lui, il m’est sympathique, sourit le Nomoï en sortant de la radine de son sac.

Les yeux de l’élémentaire de feu s’embrasèrent de gourmandise pendant que les deux femmes s’en allaient en haussant les épaules. Juste avant de partir, elles purent entendre un rire enflammé et la voix d’Éclipse :

- Allez, fais tourner, mon pote. Sois pas égoïste.

Ce dernier sortit un certain temps plus tard, le sac désormais vide de légumes. Il lui fallut bien le temps de trajet jusqu’à la ferme de Main d’Argile pour retrouver comment marcher d’un pas assuré. Le couchant était là ainsi que Holona, trépignant d’impatience d’aller interroger le garde du pont. Elle demanda aux deux autres de l’accompagner mais le nomoï refusa tout sec :

- Tu te fais des idées, ma grande. Tu vois le mal partout, tiens. Blackrock ne nous a-t-il pas dit qu’aucun nécrosien ne passait sur son pont ? Il faut croire dans la paix du Shaan, tu sais. Bon, moi, je vais me poncer et méditer.
- Et toi Tessa ? Tu m’accompagnes ?
- Et bien, euh…
- J’ai compris, j’y vais seule ! fulmina Holona en s’éloignant à grands pas.

Les deux comparses s’adonnèrent à leur repos quotidien, l’une en pestant intérieurement contre les journées de trente heures de cette fichue planète, l’autre en position du lotus.
Holona de son côté se dirigea vers le pont et le poste de garde. Elle traversa le village qui s’apaisait peu à peu. La pénombre dominait rendant le trajet incertain mais la lueur des lanternes du poste de garde indiquèrent le chemin.

- Halte, on ne passe pas.
- Oui, justement, répliqua Holona.
- Pardon ?
- Est-ce que personne ne passe ou il y a des gens qui le peuvent ?
- Personne ne passe, ce sont les ordres du seigneur.
- Vous êtes sûr ? Il n’y aurait pas moyen de passer sans que vous ne puissiez le remarquer ?
- Et bien non, regardez mademoiselle, la guérite est au milieu du pont, on vous repère tout de suite. Mais vous êtes venue pour me demander ça ?
- Oui, en effet. Mais vous êtes bien certain, beau militaire, que personne ne s’est approché hier ?
- Hier, non mademoiselle, mais ce soir, oui, vous, dit le garde en regardant fixement le plus beau déhanché sensuel de la boréale.
- Vous êtes certain que pas même un nécrosien a pu venir ?

Le garde semblait sous le charme, une étrange lueur brillait maintenant dans ses yeux.

- Et bien, pour être certain, on va aller demander à mon supérieur. Il est à l’intérieur de la guérite, entrez mademoiselle.
- Merci bien, répondit Holona en entrant.

Fut-ce son intuition ou l’ombre du bras du garde qui la mit sur ses gardes ? Elle tenta d’esquiver le coup que celui-ci tenta de lui asséner mais celui-ci réussit à l’atteindre. Groggy, elle se faufila pour sortir de ce piège et atteindre le pont. Derrière elle, le garde hurlait à son comparse :

- Elle pose des questions sur les nécrosiens !
- Arrête la !

Les gardes sortirent. Holona tenta un de ces sauts vertigineux dont elle avait le secret pour leur échapper mais le garde toucha sa jambe au mauvais moment. Déséquilibrée, elle tomba au sol et fut assommé d’un coup contondant sur le crâne. Elle se réveilla un peu plus tard dans une pièce taillée dans la pierre. Sûrement un sous-sol, du matériel divers traînait aux alentours. Un bruit d'eau et de respiration difficile se faisait entendre. Elle n'était pas seule. Deux nécrosiens et deux gardes mélodiens se trouvaient là. Ils la regardaient intensément. Un frisson de peur la fit tressaillir. Elle savait les mélodiens portés par l'amour. Qu'allaient-ils faire d'elle ? Et les nécrosiens ? Elle regarda ses poignets, ils étaient liés par des anneaux de fer. Elle se débattit un peu mais les menottes étaient trop serrées. Une force malfaisante se fit ressentir. Soudain, devant elle, un monstre au corps éthéré. Pire, un spectre. Sa tête verte était surmontée de trois cornes, son corps drapé dans une tunique rouge dont le bas se muait en une masse informe et blanche. Il s'approcha. Autour de lui, les sons disparurent, les odeurs semblèrent aspirées dans le néant. Il exhalait d'une aura d'autant plus effrayante qu'elle faisait disparaître toute sensation. Il s'arrêta un instant pour la contempler, comme si elle n'était qu'un animal perdu et récalcitrant qu'il allait domestiquer. Puis il se pencha vers elle et capta son regard. Ses yeux ne semblaient être que des billes blanches sans fond et sans expression. Sans âme. Elle n’eut pas le temps de bouger qu’elle se sentit mal. Très mal. Comme si un cauchemar aspirait son être pour l’attirer dans une spirale de douleur sans fin. Submergée par cette force inconnue, elle hurla. Son cri perçant rebondit sur les murs de roche semblant faire intensément plaisir au spectre.

Holona pouvait voir sa peau devenir plus pâle et flétrir comme si elle était en manque de nourriture. Des rides apparaissaient. Ses ongles s'allongèrent et devinrent cassants. Devant ses yeux, ses cheveux blanchissaient et devenaient raides. Mais plus que ces signes évident de vieillesse physique, c'était la sensation de perdre ce qu'elle pouvait avoir de plus cher au monde, le temps, qui la pétrifia de terreur. L'horreur de sentir son espérance de vie diminuer la fit trembler du plus profond de ses tripes. Des larmes coulèrent sur ses joues pendant qu'un rire sardonique secoua le spectre.

A l’autre bout du village, le nomoï ressentit une perturbation dans le shäan qui l’extirpa de sa transe. Tessa eut en cauchemar, une vision qui la réveilla. Surpris, ils se regardèrent.

- La nuit est bien avancée.
- Où est Holona ?

D’un commun accord, ils se bondirent hors du dortoir et se ruèrent vers le pont. Ils arrivèrent au pas de course auprès du garde.

- Vous n’auriez pas vu une boréale ?
- Si, elle s’est évanouie tout à l’heure. On l’a allongée dans notre guérite, là, venez.

Mais échaudés par le tremblement spirituel qui les avaient réveillés, les deux compères ne se laissèrent pas surprendre. Dès leur entrée dans la pièce de garde, ils sortirent leurs armes et combattirent. L’un des gardes fut vite assommé, l’autre menacé. Suffisamment motivé par une lame pointant contre son échine, il les mena rapidement dans les sous-sols du château.

- Ça pue la nécrose à plein nez, frissonna le nomoï. Je me demande comment j’ai fait pour ne pas le ressentir plus tôt.
- Où est Holona ? Dépêche-toi ! menaça la terrienne.
- Il faut descendre encore.

Les deux membres du shaani ne pouvaient que continue à avancer avec anxiété pendant que la boréale, se recroquevillait, perdue dans un nuage de tourments.


Éclipse dessiné par Solyane



[la suite après la prochaine partie]


Dernière édition par Amadäus le Jeu 29 Jan - 22:14, édité 1 fois
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Re: Shäan, la renaissance

Message par Dabo le Mer 24 Déc - 9:01

Eminemment intéressant. Félicitations pour ces CR's, ma chère Amadäus, qui me font patienter tout en aiguisant mon appétit rôliste..... Smile
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Re: Shäan, la renaissance

Message par soulclone le Mer 24 Déc - 12:57

Merci pour le rapport de partie, j'aime bien le faite que tu es mis en scène presque de manière littéraire tout ça.

Par contre c'est holona qui s'est faite capturée et horreur s'est retrouvé vieille sous l'action de l'espèce de nazgul Crying or Very sad
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Re: Shäan, la renaissance

Message par Amadäus le Lun 29 Déc - 16:30

Dabo > merci beaucoup. ^^ Contente que ça te plaise.

Soulclone > oups ! Je ne m'en souvenais plus bien, tu peux me renvoyer un mp pour me préciser et comme ça, j'éditerai tout ça.

et pour la manière littéraire, merci. ^^ Si ça vous plait, je continuerai. (tiens, tu me fais penser pour 2015 : résolution - terminer mon livre dont vous êtes le héros)
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Re: Shäan, la renaissance

Message par soulclone le Lun 29 Déc - 19:38

Je ne m'en rappel pas bien mieux que ça mais c'est bien mon personnage qui s'est faite capturée et vieillir par un nécrosien

C'est vrai que ça fait un petit moment
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Re: Shäan, la renaissance

Message par Amadäus le Jeu 29 Jan - 22:15

Bon, j'ai édité ma gaffe et, ayant eut un instant de sadisme, ait rajouté quelques détails au passage (vu qu'on se les ai rappelé au début de la partie).

Très prochainement, ce week-end probablement, je posterai la suite du résumé. (seulement, j'ai peur de vraiment le romancer Very Happy)
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Re: Shäan, la renaissance

Message par soulclone le Jeu 29 Jan - 22:32

merci, c'est du boulot de faire ça.

Holona retrouvera t-elle un jour sa beauté ? vous le saurez au prochain épisode
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Re: Shäan, la renaissance

Message par Amadäus le Sam 31 Jan - 21:54

Leurs pas sonnaient sec sur la pierre.

– Plus vite !

Le serviteur essaya d'accélérer à l'injonction de l'humaine.

– Et ne nous mène pas en bateau ! ajouta-t-elle.

Mais le nomoï sentait ou plutôt ressentait qu'ils s'approchaient de la source du Mal, de ce puits qui perturbait le shäan. L'escalier les menait toujours plus bas, dans les profondeurs humides de ce château de rivière. Leur équilibre fléchissait, la tête leur tournait de suivre le colimaçon de ce passage. L'étroit couloir déboucha soudain sur une immense pièce.

- Holona !

La boréale était attachée par deux chaînes aux poignets.

- Est-ce que ça va ? demanda Tessa en s'approchant.
- Par l'harmonie du shäan ! s'exclama Éclipse en la voyant. Que t'est-il arrivé ? On dirait que tu as vieilli de quatre-vingts ans !

Mais un cri d'attaque surgit de son côté. Un bruit d'acier ricochant contre de la pierre le fit sursauter. Des étincelles surgirent. Il eut à peine le temps de s'écarter pour voir un garde mélodien terminant sa passe et, derrière un nécrosien ramassant une longue barre de fer qui traînait au sol. Son armimale l'avait protégé en mettant sa carapace de pierre sur le chemin de l'épée du garde. De son côté, Tessa se devait d'affronter un autre garde mélodien effectuant quelques rotations légères de son épée et un autre nécrosien maintenant armé d'un pic de boucher.

Holona avait entendu son nom appelé par des voix amies. Sa conscience en fut extirpée de l'abîme de désespoir dans lequel elle s'était noyée les dernières minutes. Le spectre était parti. Sous ses yeux, un combat inégal se déroulait. Deux contre un. Ses alliés en danger. Et elle, enchaînée, impuissante. Elle ne pouvait rien faire. L'épée ricocha sur l'armure de l'humaine, elle se tourna pour se dégager de cette menace mais le crochet nécrosien transperça la protection. Elle cria de douleur. Le nomoï esquivait tant bien que mal les attaques, aidé par son arenis. Mais une lame faucha l'animal qui fut projeté plus loin. Profitant de la distraction, le nécrosien asséna un coup sur son épaule. Elle ne pouvait rien faire. Ils allaient mourir par sa faute. Pourquoi s'était-elle laissée capturer ? Une larme coula sur sa joue. Devant elle, ses amis faiblissaient. Elle ne pouvait rien faire. Rien. Une complainte triste commença à s'échapper de ses lèvres. Quelques syllabes s'enchaînèrent lorsqu'elle réalisa que sa voix n'avait subi aucune transformation. Elle restait aussi jeune et pure que du cristal. Faite pour subjuguer les foules. Le talent ne vieillissait pas. Son hymne se raffermit, elle chanta l'espoir et la rage d'être en vie. Au son de sa voix, rassurés, Tessa et Éclipse se sentirent investis d'une vigueur nouvelle.

L'humaine enroula son fouet énergétique autour du cou décharné du nécrosien et l'activa. Le cœur pourri de l'être lâcha sur le coup et il tomba à terre. Elle se retourna à temps pour éviter un coup de lame et continuer le combat. Le magicien invoca un thrinn qu'il projeta sur le garde mélodien. La victime poussa un hurlement et s'effondra au sol en position fœtale, pleurant et se balançant désespérément.

Holona continuait de chanter. Elle voyait la situation s'améliorer. Elle n'était pas décrépie et avoir vieilli l'avait fait maigrir. Elle tira sur ses liens : une de ses mains s'échappa. Elle continua et se retrouva libre. Devant elle, Éclipse s'était détourné de son nécrosien pour venir à l'aide de Tessa. Il invoquait un nouveau thrinn. On lui avait confisqué son équipement mais cette barre à terre ferait son affaire pour aller s'occuper de la dernière vermine qui l'avait mise dans cet état. Éclipse lança son sort sur l'esprit du garde. Le mélodien stoppa tout mouvement, lâcha son épée, restant debout avec un regard vide, la mâchoire décrochée, la langue légèrement tirée, la bave commença à couler de la commissure de ses lèvres. Tessa et Éclipse se retournèrent alors vers le dernier nécrosien. Son regard alla des deux combattants à la captive qui s'était échappée prête à se venger et au garde aussi vif qu'une éponge. Il lâcha son arme et partit en courant et en hurlant dans l'escalier.

Au passage, il bouscula deux gardes mélodiens qui venaient de passer le perron et d'assister à la scène. Un nomoï venait de lobotomiser un de leurs collègues, un autre geignait sur le sol non loin d'un cadavre de nécrosien. Et une boréale avait subi de manière évidente un tourment affreux. L'humaine ramenait son fouet, sur la défensive. Les gardes se regardèrent. Il y avait manifestement un problème.

- Il faut qu'on tire tout ça au clair, suivez-nous.

Ils les conduisirent devant une cellule. Le shâani protesta.

- Nous devons en référer à nos supérieurs. Si vous êtes innocents, il ne se passera rien.

Ils s'en allèrent.

- Vous croyez qu'on peut leur faire confiance ? demanda Tessa une fois seuls.
- Aucune idée, qui sait combien de ces gardes ont été corrompu ? répondit Holona.
- Holona ! Que s'est-il passé ? Tu vas bien ?
- Pas vraiment. J'ai l'impression d'avoir 95 ans.
- Et blessée par dessus le marché. Laisse moi essayer de te soigner, dit Éclipse. Allonge toi sur la banquette, s'il te plait.

Le nomoï s'approcha d'elle et passa sa main à quelques centimètres de son corps vieilli. Il pouvait ainsi sentir les dissonances et les disharmonies de son âme. Il sut tout de suite que le sortilège de vieillesse serait trop puissant pour lui, tout au moins pouvait-il tenter de soigner quelques vilaines plaies qu'elle avait reçu par les gardes. Quelques temps après, il lui annonça qu'il ne pouvait rien faire de plus mais elle avait déjà meilleure mine.

- Tessa, à toi maintenant.

Là encore, il la soigna du mieux qu'il put dans ces conditions misérables.

- Merci, Éclipse. Et maintenant, on fait quoi ? demanda l'humaine en se rasseyant sur l'autre banquette.
- On attend.

Les deux filles prirent leur mal en patience pendant que le magicien s'assit en tailleur au sol et attrapa son armimale qui avait été enfermé avec eux. Lui aussi avait souffert de la bataille et Éclipse voulait rassurer son compagnon. Après quelques caresses, ce dernier s'installa sur ses genoux et commença à somnoler. Plutôt que d'attendre sans rien faire, son maître se ponça pour se débarrasser des salissures du combat. Quelques heures passèrent ainsi.

- Écoutez !
- Quoi ?
- Quelqu'un vient.

Il y avait même plus d'une personne. Tout un groupe de villageois menés par Main d'Argile et le serviteur qui les avaient menés dans les sous-sol arrivaient en force. Ils les délivrèrent.

- Mais que faites-vous ici ?
- Venez, on vous expliquera dehors. Partons, répliqua la féling.

Ils sortirent du château, retrouvant avec plaisir l'air libre. La troupe traversa la cour, retourna sur le pont et tourna à droite vers le village. Les membres du conseil des castes du village les attendaient sur la rive, l'air grave et horrifiés. La vue de la boréale corrompue avait de quoi effrayer les héossiens mais quelque chose se cachait derrière.

- Que se passe-t-il ? s'enquit l'humaine.
- Une armée de nécrosiens va attaquer le village, répondit Main d'Argile.


[la suite, bientôt Wink]
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Re: Shäan, la renaissance

Message par Dabo le Dim 1 Fév - 19:59

Excellent ! Est-ce la fin de votre partie, ou y en a-t-il encore à venir ?
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Re: Shäan, la renaissance

Message par soulclone le Lun 2 Fév - 0:20

Non il y a encore un bon bout, l'attaque du village.

Et Merci amadaus pour le résumé.
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Re: Shäan, la renaissance

Message par Amadäus le Mer 18 Fév - 20:52

[Zioup, désolée du retard, bonne lecture]

L'annonce résonnait encore dans les oreilles du shaani : les nécrosiens allaient attaquer le village. La doyenne des chefs de caste précisa même :

- Ils se regroupent dans la forêt de l'autre côté de pont.
- Ils attendent sûrement d'être suffisamment nombreux, ajouta un autre.
- Mais que faire ?

Les regards de tous le village se tourna vers le trio. Les yeux étaient emplis de peur et d'espoir : peut-être ces étrangers pourraient-ils faire quelque chose ? Après tout, ils semblaient être concernés par l'affaire, comme s'ils étaient venus à cette fin. Ils en savaient déjà plus qu'eux. Mais la voix d'Holona rompit le silence bruyant de ces folles espérances.

- Cela nous laisse-t-il suffisamment de temps pour que j'aille dormir ? Je ne me sens pas vraiment en forme, là.

Il y eut encore un instant de silence stupéfait avant que n'éclate un brouhaha de commentaires sur son état et les rumeurs de la bataille du sous-sol du château. La doyenne s'exclama, elle, à Holona d'un ton de grand-mère compatissante :

- Mais bien sûr ma chère, nous allons même vous soigner ! Vous avez subi tous trois de rudes moments, allez vous reposer, nous parlerons de cela tout à l'heure.

De fait, plus tard, soignés, reposés, lavés et nourris, les trois compères se virent retrouver le conseil de caste assorti quelques villageois pour réfléchir à faire face à cette odieuse menace : les nécrosiens. Une horde de charognes vivantes assoiffées de sang frais pour s'en nourrir. S'ils survivaient à une défaite, les villageois restants ne seraient ni plus ni moins que du bétail et les enfants transformés en cadavre ambulants. De temps à autres, des estafettes venaient les prévenir que les rangs grossissaient de jours en jours. De quelques dizaines, on était maintenant pas loin d'une centaine. Les plus sensibles au shâan sentaient déjà au plus profond de leurs âmes la disharmonie que ces êtres maléfiques émanaient.

- Que peux-t-on faire ? soupira déjà battu l'un des chefs de caste.
- On peut toujours brûler la forêt, suggéra tranquillement l'humaine.
- La forêt ? Avec le village qui se trouve juste en face ? Trop dangereux.
- Ou faire sauter le pont ? tenta-t-elle à nouveau.
- Moui, acquiesça mollement Main d'Argile. Cela freinerait l'économie de toute la ville, le prochain gué est à plusieurs dizaines de lieues d'ici. En dernier recours, alors.
- Vous avez sûrement d'autres cartes en main, dit le chef des érudits.
- J'ai peut-être quelque chose, avança Éclipse en croisant les bras. Mais il faudrait en échange des radines ou des courgines.
- Le golem de feu ! comprit Holona.
- Oui, le golem.
- Attendez, quel golem ? demanda Main d'Argile.

Le shaani expliqua alors : l'incendie de ses champs n'était dû qu'à un golem de feu un peu maladroit et très gourmand qui avait voulu sniffer de la radine. Il pourrait être un allié féroce si on lui cédait un droit perpétuel sur une petite quantité de légumes. Main d'Argile était moyennement d'accord mais avec une participation de Toxar le darken cultivateur, elle était tout à fait partante. Il eut quelques négociations entre eux deux mais l'accord fut conclu.

- Et ensuite ? demanda-t-on.
- Je me charge d'aller le convaincre, fit le nomoï avec une lueur de complicité gastronome dans les yeux.
- En attendant, somma Holona, prenez les villageois et préparez une grande barricade de défense à l'entrée du pont.

Ces mots sonnèrent la dispersion du groupe. Le trio se dirigeait vers la mine, accompagnés ainsi pour quelques pas de Toxar qui prenait la même direction pour retourner momentanément à sa ferme. Plus grand, il marchait plus vite et les dépassa. En le voyant s'éloigner, le shaaniste du groupe, s'arrêta un instant, soudainement pris d'une intuition.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Holona en remarquant son trouble.
- Il se sent coupable, souffla le nomoï.
- Vraiment ? Mais de quoi ?
- Je ne sais pas.
- On va lui demander, dit alors Tessa.

Dans l'impétuosité de sa race, elle couru après le Darken et commença, vite aidée de Holona à doucement cuisiner le géant rouge. Ils l'avaient vu agressif mais ce grand gaillard semblait soudain plus mal à l'aise qu'un enfant surpris par sa mère à voler. À force, le fin fond de l'histoire fut treuillé au grand jour : le père de Toxar avait «intercédé» auprès du seigneur pour qu'il baisse les taxes sur les produits de son fils. Ce dernier avait remarqué que la maladie du seigneur avait commencé à apparaitre peu après et se doutait de plus en plus que son père avait maudit le prince Roche. Il se sentait coupable. Le shaani se regarda, ahuris. Soigner le seigneur pouvait amener un avantage certain dans cette bataille rude qui s'annonçait. Sans compter la simple morale.

- Pouvez-vous le soigner ? interrogea Holona.
- Je suis bien moins doué que mon père.
- Mais le pouvez-vous ? insista Tessa.
- Il vous en serait éternellement reconnaissant. Et changerait sûrement d'avis pour les taxes, susurra Holona.
- Je connais le rituel mais… il me faudra du temps. Et de l'aide.
- Vous l'aurez, trancha Tessa.
- Préparez-vous. Nous allons chercher le golem. Nous vous retrouvons au pont, conclut le Nomoï jusque là resté à l'écart.

Ils se séparèrent. Tout en commentant l'affaire, le trio approcha de la grotte. Grâce à son empathie minérale et une courgine offerte en cadeau, le nomoï fit comprendre à la créature «toi beaucoup plus, plus tard, si tu aides sauver les champs.» Il n'en fallu pas beaucoup plus pour le convaincre. Il les accompagna. Ils prirent un chemin un peu plus proche de la rivière qui ne longeait pas directement les champs de ce fameux légume. Les toits de la ferme se distinguaient toutefois au dessus de la végétation. Tessa s'exclama en se frappant le front de la paume :

- Homme 28 !
- Quoi, Homme 28 ?
- Avec son lance-flamme, il pourra nous aider ! Je vais le chercher !
- On t'accompagne, ça ne sera pas plus long.

Ils arrivèrent donc une demi-heure plus tard au pont encadrés d'un golem de feu d'un côté et d'un morphe de l'autre. Main d'Argile, Toxar et les maîtres de caste les attendaient. Il y eut un petit palabre : qui du golem ou du morphe resterait à la barricade pendant que l'autre les accompagnerait au château ? Le charisme de Main d'Argile fit pencher la balance : elle voulait garder son morphe près d'elle et ils seraient plus à même de contrôler le golem qui n'était pas de grande aide pour consolider la barricade. L'accord fut conclu et le groupe partit vers le château. Toxar, Holona, Tessa, Éclipse, le golem ; tous accompagnés de quelques villageois et du serviteur qui connaissait bien la bâtisse pour les guider jusqu'à la chambre du Prince Roche Daren Blackrock.

La garde mélodienne les inquiétaient d'abord. Mais la présence du golem les dissuada. Ils le laissèrent avec les villageois à l'entrée qui menait vers les appartements du prince. Celui-ci était seul, agonisant dans son lit à baldaquin. Il avait le teint cireux, gris, et une grimace perpétuelle de douleur et de regret figeait ses traits. Quand il aperçu les nouveaux venus, il tenta de se redresser un peu pour demander des comptes mais sans succès. Seule sa voix dépassa ses lèvres sèches :

- Que faites-vous ici ? Que me voulez-vous ?
- N'ayez crainte mon seigneur, l'apaisa Holona, désormais la mieux placée pour le comprendre. Nous sommes venus avec Toxar, il nous a dit qu'il pourrait vous guérir.
- Vraiment ?

Son regard s'était éclairé d'un fol espoir et s'était porté vers le darken qui essayait tant bien que mal de cacher sa culpabilité.

- Oui, confirma ce dernier. Mais ce sera long.
- Peu importe, je mourrais si vous ne tentez rien. Allez-y.

Le darken sorti alors de son sac toutes sortes d'amulettes de glaise, de poudres aromatiques aux parfums de boue et d'humus et de peintures couleur sienne et ocre. Il prépara la scène sous les regards attentifs du trio qui ne s'y connaissait que peu. Le darken leur expliqua ensuite ce qu'il attendait d'eux, ce en quoi ils pouvaient les aider. Malgré leur inexpérience pour les transes shamaniques, ils l'aidèrent suffisamment pour bien avancer la tâche. Au crépuscule du deuxième jour de rituel, en s'arrêtant pour une nuit de repos, il évaluèrent l'état du malade, discrètement pour ne pas le déranger. Même s'il ne bougeait pas, il était affecté dans son âme et son corps par la guérison.

- Il a l'air déjà mieux, souffla Tessa.
- Une meilleure mine, surtout, il a plus de couleurs, susurra Holona un peu amère et jalouse.
- En effet, commenta Éclipse en oubliant de parler à voix basse et en tapotant de l'index gauche l'orteil encore pétrifié du seigneur, il est passé de granit gris à granit rose.
- C'est bien une remarque de nomoï, ça, grommela le seigneur en relevant une paupière fatiguée, un maigre sourire aux lèvres.
- Oui, monseigneur, constata le darken, reposez-vous maintenant, il ne faut plus beaucoup de temps, désormais.

Ils se couchèrent, qui dans un fauteuil et un canapé, qui dans une baignoire pleine, qui à même le sol. Le lendemain matin, les rayons d'une aube tendue les réveilla. La fin approchait : la fin du rituel mais la fin du répit. Des bruits de lames et des murmures guerriers se répandaient dans les coursives du château. Les mélodiens renégats s'étaient sûrement décidés à reprendre le contrôle, sûrement encouragé par la pestilence nécrotique qui embaumait désormais les lieux : l'armée nécrosienne ne devrait plus tarder à être complète et à charger.

- Commençons, scanda le darken.

Ils reprirent leurs places autour du lit malade et leurs chant hypnotiques. Deux heures après, des éclats métalliques leur parvinrent suivis par des explosions de feu.

- Restez concentrés, ils réussiront à se débrouiller, ordonna Toxar, nous n'en sommes pas loin.

Une heure plus tard, en effet, le prince roche ne méritait plus son surnom. Il bougea à nouveau ses pieds et se remit debout, encore un peu titubant mais heureux.

- Merci ! Ô merci ! Que puis-je faire pour vous remercier ?
- Peut-être pourriez-vous baisser les taxes de votre sauveur ? suggéra doucement Holona.
- Oui, vous avez raison. Je me suis montré injuste avec vous, Toxar. Désormais, vous paierez autant que Main d'Argile, pas plus.
- Et peut-être aussi pourriez-vous nous aider aux combats ? Les nécrosiens ne vont pas tarder à attaquer le village, continua la boréale.
- De quoi avez-vous besoin ?
- Pour moi, d'une épée, répondit Holona, celle-ci, je peux ?
- Faites. Pour vous, humaine, j'ai une arme de votre race. Un pistolet. Cela vous sera utile mais je n'ai pas beaucoup de munitions à vous donner.

Holona décrocha alors une solide épée d'apparat qui ornait un mur. Elle regrettait son épée mélodienne mais celle-ci ferait néanmoins l'affaire. Tessa contemplait l'arme dans sa main, comme hypnotisée. Le bruit des combats se fit alors plus fort. Les gardes nécrosés étaient nombreux, le golem ne tarderait pas à fléchir.

- J'ai de quoi m'échapper par là, indiqua le maître des lieux.

Il pointait une machinerie exiguë qui les contiendrais tous à peine.

- Mais ? Et le golem ? demanda le nomoï.
- Hors de question qu'on l'abandonne ! tempêta l'humaine.
- Je comprends mal que vous vouliez sauver ce monstre mais soit, fit le seigneur.
- Empruntez ce passage, vous et Toxar, on se retrouve près du pont, rejoignez Main d'Argile et mettez-vous sous la protection de Homme 28.
- Homme 28 est là ? s'exclama le seigneur d'un ton qui les firent tous le dévisager étrangement.
- Oui… Pourquoi ?
- Ce morphe est un modèle expérimental. Il dispose d'un mécanisme anti-nécrosien. Je l'avais désactivé en l'offrant à Main d'Argile mais je peux le réactiver !
- Oui, faites cela, Toxar, il faut que vous le protégiez, nous allons faire diversion pendant ce temps-là !
- Allons-y.

Les deux groupes se séparèrent. Dans la cour du château, la bataille était rude. Les villageois étaient submergés par la garde professionnelle aguerries aux armes. Seule la présence du golem qui semblait s'amuser comme un petit fou à jeter du feu sur les méchants, sauvait les meubles. Enfin, sauver… Les écuries étaient maintenant bien embrasées et les flammes se répandaient léchant tout le combustible à leur porté, se propageant avec un appétit d'ogre. Le danger changeait de nature désormais : ils risquaient davantage de périr d'asphyxie par les fumées de l'incendie que sous les lames des gardes. Le nomoï se sentait déjà méchamment ballonné, avec un rocher dans l'estomac.

Un grand cri interrompit pour un instant les combats. De l'autre côté du pont, l'armée nécrosienne lançait l'assaut. Ils risquaient de se trouver en tenaille. Tessa réagit la première :

- Courrez !

Ils s'élancèrent tous vers le pont levis qui menait vers le pont. Ils devaient absolument rejoindre les barricades. En courant, Tessa lançait des coups de fouet à tout garde menaçant, le nomoï écartait les importuns de son bâton de magicien pendant que Holona jouait de son épée. Son chant galvanisant les accompagnaient. Ils courraient à perdre haleine, ils réussiraient tout juste à rencontrer l'avant garde de la colonne de nécrosien. Peut-être que lancer un sort d'illusion, une barricade de feu, réussirait à les stopper pour quelques instants, suffisamment pour leur donner quelques mètres d'avance. Le nomoï invoquait un thrinn pour sa magie. Mais fut-ce la vision de cette armée de cadavres ambulant ? La menace d'un désespoir définitif ? Le ressentiment de sa jeunesse perdue ? La voix de Holona, à cet instant, vibra plus fortement qu'elle ne l'avait jamais fait. Ses trilles chanta le courage et la hardiesse. Sa mélopée célébra l'héroïsme, la bravoure, la conviction et l'optimisme. Holona sembla alors rajeunir de quelques années. Les flammes du golem se firent plus chaudes, le fouet plus mordant, la course plus rapide. Éclipse lança son sort et du sol, alors surgit une cascade de feu qui montait jusqu'au ciel comme si un bâton divin s'était posé là pour empêcher l'avancée des zombies anthropophages.

Ils rejoignirent la barricade et eurent droit à un regard stupéfait. Même de cet endroit, on pouvait sentir la fièvre de cette rivière de feu et son grésillement était plus bruyant qu'un troupeau de chevaux lancés au galop. Mais soudain, au centre de ces flammes, il y eut comme une ombre noire qui en absorba l'essence. Les flammes disparurent alors pour laisser place au Spectre.

Les nécrosiens se ruèrent avec leurs puanteurs et leurs armes rongées. Les villageois les accueillirent de pierres, de flèches, de boules enflammées du golem et de quelques balles humaines. Les chants épiques d'Holona les accompagnaient toujours, renforçant la vigueur de leurs cœurs. Les nécrosiens approchaient. Certains tombaient par-dessus le parapet dans le fleuve. Leurs cris perçant n'étaient pas écoutés de leurs congénère, leurs haines pour toute chose vivante les faisaient approcher de plus en plus. Les pierres et les flèches ne pourraient tous les tuer, bientôt ils les submergeraient. La course des nécrosiens se fit petit à petit plus lente, imperceptiblement ils ralentissaient, bientôt les premiers ne pouvaient plus que marcher pour avancer leur rancœur.

- Homme 28 !

Le morphe était debout sur la barricade. Sur son torse, le module expérimentale irradiait une étrange lumière bleue. Par endroits, les scintillements se condensaient en rubans vers les nécrosiens les plus proches.

- À mort !

Dans un cri, le village entier se rua vers les ennemis, débordant de la barricade comme une digue submergée. Le fracas fut terrible, Toxar abattait ses poings comme des marteaux de guerre, le fouet lacéra, les lames tranchèrent, la magie pulvérisa au son du chant de la boréale. Des mâchoires décharnées se détachèrent, des yeux furent percés, des cœurs mis à vif, des tripes exposés au ciel. Les odeurs de pourritures furent submergées par celle du sang, le pont pleurait de rouge et de noir et teintait le fleuve. Le fer des armes tintait dans une gerbe d'étincelles furieuses. La haine de la vie contre l'amour de la vie. Les paysans pensaient à leurs familles, à leurs foyers, les nécrosiens au mal et à la destruction. Les os se brisèrent, les chairs s'ouvraient, les corps tombaient. Et puis, soudain, l'un des nécrosiens recula d'un pas, lâcha son arme et détala vers la forêt. Ce fut le signal de la fuite. L'égoïsme de survie nécrosienne reprenait le dessus sur leurs faibles nature. Cette armée dépenaillée, de bric et de broc, tourna les talons, le plus vite possible. Le Spectre siffla d'un hurlement morbide. Un cri lugubre pour les enjoindre de se rallier, de reformer les rangs. Mais le village avançait d'un seul pas, comme un seul être, furieux de l'attaque, furieux qu'on ait menacé leurs vies, avides de vengeance et de justice. Le Spectre comprit alors que la partie était perdue. Il regarda d'un œil attentif le shaani qui avait mis à mal ses plans. Il nota la grâce de la boréale pour trancher un bras, la force de l'humaine pour étrangler, la puissance de la magie du nomoï pour vider un esprit, il grava leurs faciès puis, dans un cri rauque, il s'envola avant de disparaître.

Les quelques nécrosiens retardataires furent éliminés et bientôt le pont n'en recéla plus un de vivant. Un silence surpris flotta un instant puis une clameur, une joie soudaine, inexprimable autrement que par des cris inarticulés s'éleva vers les cieux bien plus haut que la cascade de flammes du nomoï. Les villageois se sautaient au cou, esquissaient quelques pas de danse, embrassaient leurs compagnes, se réconciliaient avec leurs ennemis d'hier. Tous ensemble en se liguant avaient réussi à surmonter cette masse mortelle et décadente.

Le lendemain allait être consacré au soin des quelques morts tombés au combat, à la réparation du pont et du village mais ce soir, ce soir, serait dédié à la fête de la victoire avec en invité d'honneur Homme 28, Non-œil le golem et bien sûr ce shaani d'étrangers qui ne l'étaient désormais plus tant.
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Re: Shäan, la renaissance

Message par Dabo le Jeu 19 Fév - 9:59

Merci de ce remarquable CR. J'aime bien ta manière romanesque d'écrire. J'ai eu l'impression d'y être. Respect, Dame Amadäus !
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Re: Shäan, la renaissance

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